Homologation insuffisante des herbicides

L’herbicide de DuPont (tribénuron-méthyle) pour le tournesol ExpressSun de Pioneer, a été homologué (AMM 2090052) en tant qu’herbicide c’est à dire en tant que produit destiné à arroser des plantes que l’on ne consomme pas. Le communiqué de presse de Pioneer du 4 mai fait état de dangers pour l’environnement (très toxique pour les organismes aquatiques…) et des précautions d’emploi (Xi-irritant. Peut entraîner une sensibilisation par contact avec la peau…). Mais il n’y a aucune indication sur les risques sanitaires dûs à la consommation (humaine ou animale) de plantes qui sont forcément imprégnées de cet herbicide dans la mesure où elles ont été arrosées (en post-levée) par cet herbicide auxquelles elles sont résistantes. Ainsi il apparaît que l’homologation est très insuffisante. Cela est d’ailleurs vrai aussi pour d’autres plantes (ou variétés ) résistantes à des herbicides comme c’est le cas du tournesol Clearfield de BASF.

Mode d’action unique des herbicides et pression sélective sur les adventices

Dans le document de la presse professionnelle agricole [[Perspectives agricoles de février 2009]] réalisé par des responsables du CETIOM et annonçant les tournesols résistant aux herbicides dont ils font la promotion (tournesols ExpressSun de Pioneer et Clearsfield de BASF), il est recommandé d’être “vigilant car ces deux innovations donnent une occasion supplémentaire d’utiliser des herbicides de la famille des inhibiteurs de l’ALS [[AcetoLactate-Synthase ou AHAS (AcétoHydroxyAcide-Synthase) : enzyme qui catalyse la 1ère étape dans la biosynthèse d’acides aminés essentiels. L’inhibition de l’ALS induite par l’herbicide conduit à une diminution létale de la synthèse des protéines (source : Canadian Food Inspection Agency).]]…” Et plus loin dans le sous-titre même du chapitre sur les prospectives : “Avec ces innovations, les herbicides de la famille des inhibiteurs de l’ALS pourront s’appliquer sur une culture supplémentaire. Leur utilisation répétée dans les rotations pourrait augmenter le risque de développement d’adventices résistantes”.

Par ailleurs, dans un article[[Détection de résistances aux inhibiteurs de l’ALS : des outils moléculaires pour un diagnostic rapide et fiable]] mixte INRA/Bayer de 2008, il est écrit : “sur blé, la tendance actuelle est d’employer majoritairement des herbicides inhibiteurs de l’ALS…” et plus loin : “les inhibiteurs de l’ALS sont la famille d’herbicides pour laquelle le plus de cas de résistance ont été signalés dans le monde”.

Le développement de résistance d’adventices sur pression sélective d’herbicides est déjà largement connu. Mais l’apparition de ces résistances (qui entraîne automatiquement un accroissement de l’usage de ces herbicides dans un premier temps, puis d’autres dans un second temps) risque d’être beaucoup plus rapide dans la mesure où les différents herbicides utilisés en post-levée pour les blés et les tournesols ont tous le même mode d’action (à savoir qu’ils sont des inhibiteurs de l’ALS).

Ainsi une rotation blé/tournesol ne pourra même plus être considérée comme une rotation vis à vis des herbicides !

A Montech le 26 août, le responsable de Pioneer nous a dit que le métier de sa firme était de mettre à la disposition des agriculteurs des technologies novatrices qu’ils sont libres d’utiliser ou pas.

Les responsables du CETIOM rencontrés à Bollène le 20 mai nous ont dit à peu près la même chose mais, très conscients des risques de résistances d’adventices, ils ont ajouté qu’ils recommandaient en même temps des “bonnes pratiques” consistant notamment à respecter des rotations suffisamment longues.

Ainsi les uns et les autres, tout en faisant la promotion de technologies qu’ils savent délicates à maîtriser, se défaussent de leur responsabilité sur l’agriculteur dont la liberté est toute relative, étant soumis à la pression de son banquier et du conseiller de sa coopérative, rémunéré à la commission… De plus, sera-t-il informé de façon précise sur le fait que les différents herbicides qu’il emploie sur les blés et les tournesols, ont le même mode d’action et soumettent donc les adventices à la même pression sélective ?

On peut très sérieusement douter que les pratiques réelles soient conformes aux recommandations.

La récente déclaration de l’AGPM soutenue par le GNIS (ci-dessous) en représente une caricature édifiante : ils souhaitent tout simplement disposer de technologies qui leur permettent de s’affranchir de la contrainte des rotations des cultures. Rien que cela !

Peut-on envisager une agriculture durable qui ne respecte pas les principes agronomiques de base ?


Communiqué de l’AGPM

Chrysomèle : maïsiculteurs et semenciers souhaitent pouvoir utiliser les OGM et les traitements de semences

L’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) s’interroge, dans un communiqué du 20 août, sur l’efficacité de la méthode de lutte contre la chrysomèle telle qu’elle est mise en place en France et suggère de mettre à la disposition des agriculteurs tous les moyens de protections disponibles comme les OGM et les traitements de semences (Cruiser…). « Si la rotation culturale est un moyen de réduire l’impact de l’insecte, en « cassant » son cycle, il existe aussi d’autres moyens efficaces de lutte utilisés dans de nombreux pays d’outre-Atlantique et d’Europe centrale, les OGM, les traitements de semences…, mais dont la France a la singularité de se priver », regrette le syndicat des maïsiculteurs. « Face à la menace qui pèse sur le maïs en France et aux conséquences économiques que cela pourrait entraîner, l’Europe se doit d’accélérer les procédures d’homologation des plantes résistantes à la chrysomèle », ajoute le GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et des plants) dans un communiqué du 21 août.

Rédaction Agra Presse Hebdo

24 août

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Compl_herbicides


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