Ce texte accompagne le “Jeu de Lois des faucheurs” et rappelle que le combat des Faucheurs Volontaires s’inscrit dans la bataille planétaire des citoyen-ne-s et de leurs organisations contre les multinationales de l’agro-business et les institutions politiques, économiques et scientifiques qui en sont les complices.


Trois déclarations y sont présentées.

  • La première est un extrait de la charte du collectif des Faucheurs Volontaires, qui est le texte fondateur de ce mouvement créé l’été 2003 lors du rassemblement du Larzac et qui l’inscrit radicalement dans la non-violence et la désobéissance civique.
  • La deuxième est la déclaration du collectif “Semons la biodiversité” d’octobre 2008 qui revendique le droit inaliénable des paysan-ne-s à produire et échanger leurs semences de ferme.
  • La troisième est la déclaration finale de la 5ème conférence internationale de La Via Campesina (Maputo, octobre 2008), mouvement mondial qui défend les droits des paysan-ne-s et la souveraineté alimentaire.

La charte des Faucheurs Volontaires

Désobéissance civique… face aux OGM

Texte intégral de la charte

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Pourquoi ?

Quand le gouvernement encourage les intérêts privés ou les laisse s’imposer aux dépens de tous et de la terre,
Quand la loi privilégie l’intérêt particulier au détriment de l’intérêt général, criminalisant ceux qui, en nombre restreint, ont osé l’enfreindre,

Que reste-t-il aux citoyens responsables pour que le droit redevienne la référence de régulation entre les personnes et les biens, pour que les institutions démocratiques retrouvent leurs indépendances et soient cette instance de défense et de préservation du bien commun ?

Il ne reste plus en conscience aux citoyens que d’affronter cet état de non-droit pour rétablir la justice au risque des amendes et des peines de prison possibles. Plus la conviction sera forte, plus le nombre des volontaires sera important, plus nous changerons le rapport de force. Agir à visage découvert et en plein jour, c’est cela notre force et notre expression démocratique pour que ce danger soit pris en compte avant qu’il ne soit trop tard.

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Dans l’état de nécessité actuelle où nous nous trouvons, nous n’avons plus rien à notre disposition pour que la démocratie reste une réalité. C’est l’impuissance politique et l’usage inversé de la loi qui nous font entrer en résistance pour refuser la fatalité.

“Renoncer à la Désobéissance Civique, c’est mettre la conscience en prison”, a dit Gandhi. La désobéissance civique est une action citoyenne et réfléchie. Elle peut compter sur un soutien important de la collectivité puisque 70% des Français de tous horizons sont opposés aux OGM dans leur alimentation. 16 régions refusent les O.G.M. et 1500 communes ont pris des arrêtés pour les interdire sur leur territoire.

Objet

Les faucheurs volontaires ne s’attaquent pas à la recherche fondamentale sur les OGM. A leurs yeux, celle-ci doit suivre des protocoles rigoureux dans ses expériences en milieu confiné. Elle doit répondre sans préjudice aux véritables besoins de la société et ne pas faire le jeu du marché.

Les chercheurs devraient être informés de l’origine des financements de leurs recherches et de l’usage qui sera fait des résultats.

Ce que les faucheurs volontaires dénoncent, ce sont les expérimentations et les cultures en plein champ qui permettent la contamination irréversible des autres espèces végétales. Elles portent atteinte au patrimoine de l’humanité.

Ce qu’ils dénoncent, c’est le brevetage du vivant qui mettra les paysans du Nord comme du Sud sous la domination des entreprises biotechnologiques, ce qui au lieu de réduire la faim dans le monde, risque de l’augmenter.

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Enfin, ils dénoncent aussi l’abandon du consommateur à une politique de distribution alimentaire oublieuse du principe de précaution sans se soucier des conséquences sanitaires.

Les faucheurs volontaires veulent développer et populariser cette résistance engagée par la Confédération paysanne, et dont José Bové a été et reste la figure emblématique tandis que les collectifs anti-OGM prennent le relais. Cette lutte est l’affaire de tous. Nous sommes tous en danger. C’est une bonne manière de résister à l’emprise grandissante de l’O.M.C. qui ne connaît ni le principe de précaution, ni aucune contrainte éthique ou sociale.

Dire non aux OGM en plein champ, c’est lutter contre la force du marché. C’est dire non à la fatalité, à la soumission.

Introduction de la Charte des Faucheurs Volontaires

Semons la biodiversité

Déclaration commune adoptée le 27 octobre à Paris par le collectif “Semons la Biodiversité”

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Nous, paysans, jardiniers, consommateurs, citoyens, réunis ce lundi 27 octobre à la salle Jean Dame de la mairie du 2° arrondissement de Paris, déclarons nous associer au mouvement des semeurs volontaires de biodiversité. En conservant, en semant, en multipliant, en échangeant et en vendant des semences de variétés paysannes libres de droit, non mutées ni manipulées et non inscrites au catalogue officiel, nous refusons : tout droit de propriété intellectuelle sur le vivant, brevet ou certificat d’obtention végétale, le fichage génétique des plantes ou des animaux dans le seul but de faciliter ces formes légales d’appropriation privée des biens communs, les semences industrielles manipulées grosses consommatrices d’engrais et pesticides chimiques qui réchauffent la planète et affament les peuples pauvres pour nourrir les animaux et les voitures des riches,

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En conservant, en semant, en multipliant, en échangeant et en vendant des semences de variétés paysannes libres de droit, non mutées ni manipulées et non inscrites au catalogue officiel, nous : contribuons au renouvellement indispensable de la biodiversité cultivée, garantissons l’existence d’agricultures paysannes et biologiques seules capables de nourrir et de refroidir la planète, défendons notre droit à une nourriture suffisante, de qualité et à la souveraineté alimentaire, devenons volontairement receleurs et diffuseurs de variétés paysannes interdites par des lois illégitimes.

Nous exigeons une évaluation indépendante et contradictoire des risques des OGM sur la santé, l’environnement et les agricultures paysannes, biologiques et de qualité. Toute coexistence est impossible et le droit des régions et des pays à refuser toute culture de PGM et toute semence contaminée doit rester inaliénable. Une semence ou un produit n’est pas un peu contaminé. Ils sont contaminés ou ne le sont pas. Nous refusons toute dissémination de plantes génétiquement manipulées, que ce soit par transgenèse, mutagenèse dirigée, fusion cellulaire, nanotechnologies ou autres techniques de bricolage du vivant.

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Les semences sont le bien commun des communautés rurales qui les ont sélectionnées et conservées. C’est pourquoi, au soir de cette initiative de la campagne « Semons la biodiversité », nous nous engageons à faire respecter les droits collectifs des paysans et des communautés d’user, de développer, d’échanger et de protéger leurs semences, première marche du droit des peuples à la souveraineté alimentaire, contre la globalisation du commerce.

Si l’ensemble des paysans, jardiniers, consommateurs, citoyens sèment et cultivent la biodiversité enfermée dans les banques de gènes partout dans leurs champs, jardins privés, partagés ou publics, sur leurs balcons, alors le château de cartes des Droits de Propriété Intellectuelle sur le vivant s’écroulera.

A Paris, le 27 octobre 2008

Pour la souveraineté alimentaire! Unité et mobilisation des peuples!

Déclaration de Maputo:

Vème Conférence Internationale de
La Via Campesina

Maputo, Mozambique, 19-22 octobre 2008

Texte intégral de la déclaration

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Nous, hommes et femmes, sommes les gens de la terre, ceux et celles qui produisent l’alimentation du monde. Nous avons le droit de continuer à être paysannes et paysans et la responsabilité de continuer à nourrir nos peuples. Nous, hommes et femmes, prenons soin des semences, qui sont la vie et pour nous, l’acte de produire est un acte d’amour. L’humanité a besoin de nous, et nous refusons de disparaître.
Nous, La Via Campesina, mouvement mondial d’organisations de femmes rurales, de paysans, de paysannes de petits agriculteurs et agricultrices, travailleurs et travailleuses des campagnes, peuples indigènes, afro-descendants, d’Asie, d’Europe, d’Amérique et d’Afrique, sommes réunis à Maputo, Mozambique, du 19 au 22 octobre 2008 pour notre Vème Conférence Internationale. […]

Quatre années de lutte et de victoire

Au cours de la Vème Conférence Internationale, nous sommes revenus sur les principales luttes, actions et activités depuis la IVème Conférence Internationale qui a eu lieu à Itaici au Brésil en juin 2004. Parmi elles, il faut souligner les mobilisations massives contre l’OMC, contre les Accords de Libre Echange dans différentes régions du monde et contre le G8 à Rostock et Hokkaido. En 2005, La Vïa Campesina a été très présente lors de la journée de lutte devant le sommet de l’OMC à Hong Kong, participant ainsi à la plus récente des actions continues qui ont permis aux mouvements sociaux de maintenir paralysées les négociations lors des sommets de l’OMC, depuis Seattle en 1999. Nous jouons également un rôle central dans d’autres mobilisations contre l’OMC, de Genève jusqu’en Inde.
En 2007, nous avons organisé, avec nos principaux alliés, le Forum International sur la Souveraineté Alimentaire à Nyeleni au Mali. Ce fut un moment crucial de la construction d’un grand mouvement mondial pour la souveraineté alimentaire. Environ 500 délégués des plus importants mouvements sociaux au monde ont participé à cet évènement et un agenda stratégique et d’action pour les prochaines années a été défini. Avant mais aussi après Nyeleni, nous avons organisé de nombreuses réunions nationales et régionales sur la souveraineté alimentaire. Au cours des dernières années, nous sommes parvenus à ce que plusieurs pays, dont l’Equateur, la Bolivie, le Népal, le Mali, le Nicaragua et le Venezuela incorporent le concept de souveraineté alimentaire dans leur Constitution et/ou leurs lois nationales.
Au travers de notre Campagne Mondiale pour la Réforme Agraire, expression de nos luttes pour la terre et en défense du territoire, nous avons co-organisé le Forum Mondial de la Réforme Agraire à Valence, en Espagne en 2004 et en 2006, nous avons organisé la Rencontre Internationale des Sans Terre à Porto Alegre, Brésil, avant la Conférence Internationale sur la Réforme Agraire et le Développement Rural (CIRADR) de la FAO. Nous avons participé aux mobilisations des femmes du Brésil contre le désert vert de l’eucalyptus de la multinationale Aracruz le 8 mars, et lors du forum parallèle, nous avons obtenu de grandes avancées sur les positions des gouvernements. En 2007, nous avons organisé au Népal la Conférence Internationale sur la Souveraineté Alimentaire, la Réforme Agraire et les Droits Paysans.
En 2004, nous avons préparé une fête mondiale d’échange de semences paysannes au cours de notre IVème Conférence. En 2005, nous avons organisé le Séminaire International sur les semences «Libérons la diversité», comme un volet de notre lutte globale en faveur des semences paysannes et contre les OGM et la technologie Terminator. La Vïa Campesina du Brésil a organisé des mobilisations durant la Conférence Internationale de la Convention sur la Diversité Biologique (COP-8) en Mars 2006 à Curitiba, Brésil. Sur ces mêmes thèmes, nous avons tenu des activités importantes à Mysore en Inde la même année et en 2008 à Bonn, en Allemagne et aussi en France, où une grève de la faim a fortement contribué à l’interdiction du maïs génétiquement modifié de Monsanto. En 2007 au Brésil, Keno, un grand combattant du MST a été assassiné par un homme armé à la solde de Syngenta mais au bout d’un an, nous avons réussi à obliger Syngenta à rendre au gouvernement les terres utilisées illégalement pour des expérimentations transgéniques. […]
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L’offensive du capitalisme dans les campagnes, les crises multiples et le dépouillement des peuples paysans et indigènes

Dans le contexte mondial actuel, nous sommes confrontés à une convergence de plusieurs crises : alimentaire, climatique, énergétique et financière. Ces crises trouvent leurs origines communes dans le système capitaliste et plus récemment dans la dérégulation effrénée de ses domaines d’activité financière et économique, qui donnent la priorité au commerce et au profit. Dans les régions rurales du monde entier, nous avons vu une offensive féroce du capital et des entreprises multinationales sur l’agriculture et les biens naturels (eau, forêts, minerais, biodiversité, terre, etc.) qui se traduit par une guerre d’expulsion contre les populations paysannes et les peuples indigènes, en utilisant des prétextes fallacieux comme les arguments erronés qui soutiennent que les agrocarburants sont une solution à la crise climatique et énergétique alors que la vérité montre le contraire. Quand les peuples exercent leurs droits et résistent à cette expulsion généralisée ou quand ils sont obligés de grossir les flux migratoires, la réponse est toujours plus de criminalisation, plus de répression, plus de prisonniers politiques, plus d’assassinats, plus de murs de la honte et plus de bases militaires.

Déclaration des Droits des Paysannes et des Paysans

Nous voyons la future Déclaration des Droits des Paysannes et des Paysans de l’ONU comme un outil essentiel dans le système légal international pour renforcer notre position et nos droits en tant que paysans et paysannes. C’est pourquoi nous lançons également la Campagne Mondiale pour une Déclaration des Droits des Paysannes et des Paysans.

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Souveraineté Alimentaire : la solution aux crises et la vie des peuples

Cependant, la situation actuelle de crise est également une opportunité parce que la souveraineté alimentaire offre la seule alternative réelle tant pour la vie des peuples que pour inverser les crises. La souveraineté alimentaire répond à la crise alimentaire, en se basant sur une production paysanne locale et aux crises climatique et énergétique en s’attaquant aux deux principales sources de gaz à effet de serre, le transport des aliments sur de grandes distances et l’agriculture industrialisée. Enfin, elle interdit la spéculation sur les produits alimentaires afin de réduire la crise financière. Le modèle dominant signifie la crise et la mort ; la souveraineté alimentaire est la vie et l’espoir pour les populations rurales et aussi pour la population consommatrice. La souveraineté alimentaire requiert la protection et la re-nationalisation des marchés nationaux d’aliments, la promotion de circuits locaux de production et de consommation et la lutte pour la terre, la défense des territoires des peuples indigènes et la réforme agraire intégrale. Elle se fonde également sur le changement de modèle productif vers une production agro-écologique et durable, sans pesticides et sans OGM et fondée sur les connaissances paysannes et indigènes. Comme principe général, la souveraineté alimentaire se construit à partir de nos expériences concrètes au plan local, c’est-à-dire du local au national. […]

Nous ne sommes pas seuls : la construction d’alliances

Nous, paysans et paysannes, ne pouvons pas gagner seuls nos luttes pour la dignité, pour un système alimentaire et agraire plus juste et rendre possible un autre monde meilleur. Nous devons construire et renforcer nos alliances naturelles et stratégiques avec les mouvements et organisations qui partagent notre vision ; cela est l’un des engagements spécifiques de cette Vème Conférence.

La jeunesse nous donne l’espoir pour le futur

Le modèle dominant dans les campagnes n’offre aucune alternative pour les jeunes et c’est une raison importante pour changer cela. Les jeunes, hommes et femmes, sont notre base pour le futur et ainsi, nous nous engageons à leur pleine insertion et participation créative à tous les niveaux de nos luttes.

La formation pour renforcer nos luttes

Pour parvenir à de plus grands succès et victoires dans nos luttes, nous devons nous consacrer au renforcement interne de notre mouvement. C’est pourquoi la formation politique, le renforcement des capacités et l’amélioration de la communication et l’organisation entre nous et nos alliés sont nécessaires pour renforcer notre capacité collective d’analyse et de transformation de nos réalités.
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Diversité et unité en défense de l’agriculture paysanne

En tant que mouvement transnational, nous pouvons affirmer que l’une de nos plus grandes forces est notre capacité à réunir différentes cultures et modes de pensée autour d’une même lutte. La Via Campesina constitue un engagement commun de résister et lutter pour la vie et l’agriculture paysanne

Nous, participants à la Vème Conférence de Via Campesina, nous nous engageons tous à défendre l’agriculture paysanne, la dignité et la vie et gagner le droit à la souveraineté alimentaire. Ainsi sont les paysans du monde et nous refusons de disparaître.

Globalisons la lutte !

Globalisons l’espoir

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Les illustrations de ce 4 pages comme celles du “Jeu de lois” ont été dessinées par Sylvie Geissmann. La mise en page et la fabrication ont été réalisées par l’Imprimerie 34. La coordination a été assurée par le collectif anti-OGM31 (Collectif anti-OGM31 – 10 bis, rue du Colonel Driant, Toulouse 31400 – collectifantiogm31@yahoo.fr – www.ogm31.org/).


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