La crise immobilière de l’été 2007 aux États-Unis a dégénéré en crise bancaire et financière. Cette crise vient en réalité de plus loin et est installée structurellement dans notre paysage, au-delà des péripéties journalières. Elle est le produit de la financiarisation de l’économie mondiale, menée tambour battant depuis trois décennies dans le cadre des politiques néolibérales. Les maîtres du monde qui n’ont cessé de réclamer la liberté totale de circuler pour leurs capitaux afin de conduire les restructurations industrielles (fusions, absorptions, délocalisations…), nous ont déclaré dans l’édition Davos de janvier 2008 leur impuissance devant l’emballement de la crise ! Ils avaient pourtant obtenu le feu vert pour créer d’innombrables « innovations » financières en transformant tout produit (matières premières, quotas de carbone…) en titres, c’est-à-dire en objets de spéculation ? N’étaient-ils pas ainsi en mesure de faire réaliser de mirifiques plus-values boursières aux actionnaires, en plus de dividendes augmentant proportionnellement au chômage et à la précarité ?

En France, Madame Lagarde nous avait promis que le nuage financier s’arrêterait aux frontières et Monsieur Attali regrette le manque d’innovations financières pour capter la croissance ! La Société Générale remet les pendules à l’heure. Tout occupée à faire passer ses déboires pour une simple escroquerie individuelle, elle oublie de nous dire que son président a été mis en examen en 2002 pour blanchiment d’argent dans l’affaire des chèques du Sentier. Elle a « innové » par des méthodes de vente “à l’américaine” consistant à introduire des nouveaux services payants optionnels sur tous les comptes de particuliers sans leur demander leur avis, et en les supprimant seulement à ceux qui protestent. Par ailleurs, la banque a changé le système tarifaire, en réduisant le montant des agios bancaires ou des taux d’emprunt (sur lesquels la banque fait sa publicité), mais en multipliant les frais et les pénalités ce qui permet de porter la rentabilité des découverts très au-delà des seuils usuraires (plus de 100 %). Des logiciels repèrent tous les comptes fragiles, imposent une baisse du seuil de découvert, puis matraquent le titulaire avec des pénalités en le mettant sous la menace d’une interdiction bancaire. Tout ceci pour développer une activité financière internationale spéculative.C’est, entre autres, ce qui lui a valu d’être nommée « Banque de l’année » et « Meilleure banque française » par Euromoney lors de la remise annuelle des récompenses « Awards for Excellence »(juillet 2006). Enfin, en France, la Société Générale est membre actif des comités de certification “environnement” et “services aux particuliers” d’AFAQ-AFNOR Certification (délivrance des certificats ISO 9001, ISO 14001 et gestion durable des forêts). Dormez tranquilles citoyens, vos comptes et la planète sont sous bonne surveillance !

Si les maîtres du monde n’ont rien à dire en attendant le désastre, c’est aux citoyens à s’emparer d’un débat public sur un sujet qui les concerne au premier chef ! Pour Attac, qui s’est créée sur l’alerte et le refus des dérives financières imposées par les politiques néo-libérales, il y a urgence !

Geneviève Azam est économiste, membre du Conseil Scientifique et du CA d’Attac FRance


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