De la Biodiversité à l’Agroécologie

L’agriculture doit nourrir les Hommes, mais comment ?…

Jean-Pierre SARTHOU, agronome, écologue, entomologiste et enseignant-chercheur


La question paraît saugrenue, et pourtant…
L’agriculture est multiple et complexe. Tant sous l’angle de ses déclinaisons techniques que sous celui de ses implications qui sont principalement au nombre de trois : économiques, environnementales et sociales. L’agriculture dite durable est justement celle qui combine au mieux ces trois dimensions. Mais pour bien comprendre les enjeux écologiques et alimentaires ainsi que leurs retombées socio-économiques et techniques, il convient toutefois d’insister sur le fait que l’agriculture repose fondamentalement sur des processus biologiques se produisant dans des écosystèmes.

Ecosystèmes et agroécosystèmes.

Les écosystèmes naturels captent et transforment l’énergie solaire au travers de la photosynthèse et la stockent dans la biomasse sous forme de liaisons chimiques entre atomes de carbone et d’hydrogène. Seule une petite fraction de cette biomasse est directement utile à l’Homme, et une autre fraction lui est indirectement utile sous forme de services écologiques divers (épuration des sols et des eaux, pollinisation des cultures et contrôle de leurs ravageurs…). Les agroécosystèmes sont des écosystèmes transformés par l’Homme pour qu’ils génèrent sous diverses formes une biomasse qui lui soit en très grande partie et assez directement utile. C’est grâce à un apport régulier d’énergie qui s’ajoute à l’énergie solaire, que l’Homme les rend capables de dévier constamment de leur évolution spontanée vers un ordre “naturel” car celui-ci générerait alors, comme dit précédemment, une biomasse très peu valorisable par notre organisme et nos sociétés. Cette énergie supplémentaire est appelée énergie culturale et peut être de nature soit industrielle (machines et moteurs, carburants, électricité, engrais et pesticides de synthèse, plastiques, béton…), soit biologique (agriculteurs, animaux de trait et auxiliaires tels que pollinisateurs, ennemis naturels des ravageurs, plantes fixatrices d’azote, recycleurs…). Ainsi, l’agriculture fonctionne grâce à trois types d’énergie entrante : solaire, culturale industrielle et culturale biologique. En sortie, c’est aussi une histoire d’énergie : une certaine quantité de calories (dans la biomasse végétale ou animale produite) par unité de surface…


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